Il est des chemins que l'on choisit et d'autres qui nous choisissent.
Lorsque John me contacte quelques mois plus tôt, sa demande tient en une phrase : « J’aimerais vivre une expérience avec mon fils. »
Il ne me parle pas vraiment de destination. Il me fait confiance. Je repense alors aux sentiers que nous avons déjà parcourus ensemble. Je connais son enthousiasme, sa manière bien à lui d’avancer. Casper approche de ses dix-huit ans. J’ai le sentiment que ce voyage arrive à un moment particulier de leur histoire.
La Corse s’impose naturellement. Pour son caractère. Pour son identité. Pour cette sensation que l’on ne traverse jamais vraiment cette île : on part à sa rencontre.
Nous nous retrouvons à Ajaccio. Autour d'un café, je leur parle de Pascal Paoli, de Napoléon et de cette terre qui a toujours défendu son âme. Puis le train corse nous emporte lentement vers Vizzavona. La mer disparaît. Les montagnes se referment. Le voyage commence.
Au Monte d’Oro, Marie-Jo nous accueille comme elle le fait depuis toujours. Cette maison, tenue par sa famille depuis plus d’un siècle, semble suspendue hors du temps.
Arrivés en avance, nous partons marcher histoire de s'échauffer. Casper avance déjà avec une étonnante facilité, curieux de tout, souvent plongé dans ses réflexions. John marche tranquillement derrière lui et me lance régulièrement, avec son accent new-yorkais : « Bon rythme ? »
Cette petite phrase ne nous quittera plus.


Les hêtraies de Vizzavona nous entraînent ensuite vers Capannelle. Très vite, je comprends que Casper possède encore beaucoup de ressources. Alors, le lendemain, avant même que le refuge ne s’éveille, nous quittons discrètement les lieux pour gravir le Monte Renoso. Au sommet, la Corse du Sud s’embrase sous le soleil levant. Nous restons silencieux.
Lorsque nous retrouvons Mister J. son sourire vaut tous les discours. Voir son fils vivre cet instant lui procure presque autant de bonheur que s’il l’avait vécu lui-même.
Le soleil est déjà haut lorsque nous redescendons vers le col de Verde. Peu à peu, la haute montagne laisse place au village de Cozzano. Une chambre confortable, un repas préparé avec soin par Marie-Jo, nous offre une respiration avant d’entrer dans la Corse la plus sauvage.
Au petit matin, les crêtes d’Usciolu remplacent les forêts. La chaleur monte vite. Les conversations s’effacent. John avance toujours à son fameux « Bon rythme ? », mais chaque pas lui demande davantage. Le paysage est immense. La lumière écrase les reliefs. À mesure que les kilomètres défilent, je le sens puiser un peu plus profondément dans ses réserves. Il ne lutte pas contre la montagne ; il apprend simplement à l’écouter.
Il est allé au bout de ce qu’il était venu chercher. Alors, nous adaptons naturellement le voyage.
Pendant que Casper et moi poursuivons la traversée, John rejoint la bergerie d’I Croci avec les bagages. Lorsque nous arrivons plusieurs heures plus tard, il nous attend, un livre à la main, une bière fraîche devant lui.
La bergerie est pleine de vie. Peu à peu, le soleil descend derrière les montagnes et l’effervescence laisse place à une soirée paisible. Pour la première fois depuis le début du séjour, nous prenons simplement le temps. Le temps de manger. Le temps de rire. Le temps de regarder le ciel changer de couleur. Sans nous en rendre compte, nous ne parlons déjà plus de randonnée. Nous parlons simplement de nos vies.
Après notre première nuit sous tente, nous reprenons doucement la marche vers les bergeries d’Asinau.
Chez Aline. Quelques bâtisses de pierre. Une grande table. Une douche ouverte sur la montagne. Rien ici ne cherche à séduire. Aline apparaît, son visage porte les années passées dehors et son sourire efface immédiatement la rudesse du lieu.
Puis arrive Pierre-Dominique, son fils. Sous son allure de berger se cache un linguiste, un passionné d’histoire, un homme qui retrace patiemment la mémoire de sa famille dans le bois.
Je regarde John. À New York, il publie des histoires. Ici, Pierre-Do les grave. Deux hommes, deux histoires et une même volonté de transmettre.
Le soir, la grande table rassemble des randonneurs venus des quatre coins du monde. Les conversations s’enchaînent naturellement. John résume parfaitement l’instant : « Quality people. »
En quittant Asinau, nous ne laissons pas seulement une bergerie derrière nous. Nous quittons des personnes.
Les Aiguilles de Bavella se dressent bientôt devant nous. Les corps sont fatigués. La chaleur devient lourde. Après plusieurs jours passés dans la Corse profonde, retrouver une terrasse ressemble presque à un retour à la civilisation. Puis arrivent d’immenses coupes glacées. Elles sont à l’image de cette journée : généreuses, inattendues, presque irréelles.
Le lendemain, une autre Corse nous attend. Celle du canyon de la Purcaraccia, de l’eau claire et du granit poli. Avec Cyril, notre guide de canyon, nous retrouvons immédiatement la même philosophie : prendre le temps, rassurer, s’adapter. L’approche demande encore un effort. Je sens John hésitant. Son corps a beaucoup donné. Nous ralentissons.
Puis la Purcaraccia fait le reste. Les vasques translucides. Les toboggans naturels. La fraîcheur qui revient dans les jambes. Au pied de la grande cascade, John choisit de rester observer pendant que Casper découvre son premier rappel de quarante mètres.
Je regarde son père, il me glisse simplement : « What did you make us do? » Je souris. Je n’ai rien fait. J’ai simplement ouvert une porte qu’ils ont franchie ensemble.


La canicule s’installe définitivement sur la Corse. John est allé loin. Très loin. Il n’y a rien à gagner en terminant dans l’épuisement. Nous décidons qu’il rejoindra Bonifacio en transfert pendant que Casper et moi achevons les derniers kilomètres du GR20 jusqu’à Conca.
Nous retrouvons John à Bonifacio, fier de son fils.
Accrochée à ses falaises de calcaire, la citadelle domine une Méditerranée immobile. Nous partageons nos derniers instants autour d’une bonne table locale. Les chants corses résonnent dans les ruelles. Le temps s’immobilise et les souvenirs se cristallisent.
En longeant les remparts, notre regard glisse vers la Sardaigne. Au loin, ses reliefs apparaissent comme une invitation silencieuse. Le GR20 est derrière nous. John et Casper repartent avec une histoire de plus à raconter. Et peut-être, déjà, l’envie d’en écrire une nouvelle.
Un peu plus d'images, pour le plaisir...
En espérant toujours vous faire rêver un peu plus loin...
Expérience inoubliable !
Exceptionnel. Une expérience inoubliable. Avec Nicolas, on randonne certes, mais bien plus encore : pas une journée sans une expérience étonnante, on rigole, on mange divinement bien (c’est un cuisinier hors pair), il s’adapte parfaitement au groupe et prend soin de chacun. C’est du sur mesure. Il adore son métier qu’il fait avec beaucoup de générosité, je recommande !! Et je repars avec lui dès que possible !
Absolument incroyable !
Une semaine absolument incroyable organisée par Nicolas le grand créateur d’émotions. Tout était parfait, chaque note d’attention chantaient jusqu’au huîtres en haut des pistes ! La perfection est un détail, mais Nicolas l’a bien compris, chaque détail font la perfection. Tout est possible et tout est réalisable par ce grand guide au grand cœur. Il n’y a pas de mot pour exprimer certaines émotions, c’est donc à vous de vous laisser guider pour les vivre. Je recommande à 1000%.
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