Cinq jours à travers une terre qui n’a jamais vraiment refroidi.

Il y a des régions où l’on avance avec la sensation d’être attendu par le paysage. L’Auvergne fait partie de celles-là. Une terre épaisse, volcanique, modelée par le feu et polie par les saisons. À l’automne, les couleurs s’embrasent.

Notre séjour a commencé dans un chalet posé face au Puy de Dôme à Saint-Victor-la-Rivière. Avec Aude et Dominique, habituées de mes aventures, et Véronique que je rencontrais pour la première fois, l’ambiance s’est installée naturellement.

Deux jours à marcher sur les courbes douces de la chaîne des Puys, à ressentir cette sensation unique de “terre vivante”, même si les volcans dorment depuis longtemps.

Les couleurs d’automne soulignaient chaque relief à travers les jaunes chauds des hêtraies, les rouges sombres des scories, les noirs brillants de certains dykes et les verts assoupis des prairies tardives.

Dans cette lumière claire, une évidence s’imposait : l’Auvergne n’a pas à rougir devant ses Grandes Sœurs, les Alpes et les Pyrénées. Elle avance à son rythme, avec ses lignes à elle, cette puissance tranquille qui ne cherche jamais à impressionner, mais qui finit toujours par toucher.

Le deuxième jour a pris la forme d’une longue traversée. C’est une signature du Massif central : un relief qui semble doux, mais qui avale les kilomètres sans prévenir. Le soir, au retour du chalet, le jacuzzi est fumant, la discussion glisse naturellement avec une coupe de champagne à la main et la lumière tombe derrière le Puy de Dôme. Un luxe simple, mais d’une précision rare.

C’est ce soir-là que JiB nous a rejoints.  Quand il arrive, il déplace l’air avec lui. Une énergie qui déborde, un humour qui fuse, une façon d’exister qui ne laisse pas de place au silence. Opticien de formation, entrepreneur autodidacte, créateur d’une des plus grosses franchises d’épilation du pays, acteur amateur à ses heures… Un personnage entier, attachant, flamboyant.

Ce soir-là, il débarquait avec des images de son tournage en Afrique, surexcité, volubile, fidèle à lui-même. Pour son arrivée, j’avais préparé des tomates farcies gratinées au Cantal, son plat fétiche qui lui avaient même inspiré son one-man show. Nous étions cinq autour de la table. Et dès ce dîner, on savait que la suite allait être belle.

Arrivée de mon JiB

Le lendemain, direction le Sancy, là où l’Auvergne se rapproche des montagnes alpines. Au sommet, un vent fort, direct, qui nous obligeait à marcher inclinés. Les filles riaient en essayant de garder l’équilibre, JiB parlait plus fort que la bourrasque, et moi, devant, je traçais pour maintenir la ligne sur la crête. Là-haut, le groupe semble petit face aux éléments, mais grand dans le partage.

Puis nous avons basculé dans le Cantal, le massif le plus sauvage du séjour. Le premier jour, le brouillard a tout absorbé : lumière blanche, herbes trempées, passages de champs à franchir, une progression plus mentale que visuelle. Une vraie journée de montagne longue, exigeante et brute. Le genre d’étape qui ne cherche pas à séduire, mais qui soude un groupe. Les filles et JiB ont tenu le rythme sans un mot de trop. Comme souvent, la récompense était au bout : le gîte de Mandailles-Saint-Julien. Accueil chaleureux, cuisine locale, quelques verres partagés et JiB en conteur infatigable : histoires familiales, souvenirs de son grand-père écrivain, anecdotes de vie, fulgurances et confidences. Une soirée dense, drôle et touchante, qui a donné sa couleur humaine au séjour.

Le dernier jour, le Cantal a changé de visage. Le brouillard avait disparu. Le massif était immense, ouvert et lumineux. Les Salers, rouges et massives, ponctuaient les pentes comme des sculptures vivantes. Une marche évidente qui s'est installée naturellement dans les jambes et dans la tête. Et puis il y a eu ce moment particulier, celui qui précède la fin : ce mélange précis entre satisfaction et douceur, quand tout s’aligne : le groupe, la lumière, les paysages, le rythme juste d’un séjour qui a trouvé sa forme.

Voilà cinq jours, une durée parfaite pour laisser une trace sans imposer de rupture. Juste assez pour s’attacher, juste assez pour ressentir, juste assez pour vouloir revenir. L’Auvergne n’est pas une petite montagne. C’est une terre profonde, généreuse, volcanique, faite de matières brutes et de lumières sobres. Un massif qui ne cherche jamais le spectaculaire, mais qui marque celui qui le traverse. Un voyage simple et vrai où chacun trouve sa place et son rythme.

En espérant toujours vous faire rêver un peu plus loin.

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