Onze jours aux abords du cercle polaire, sur une île où le feu et la glace s’entendent pour bousculer toutes nos certitudes.
Ils ne sont que quatre au départ : Coco, Laure, Guigui et André. Pour façonner cette aventure dans un pays où chaque décision dépend des humeurs de Dame Nature, je m’entoure de Belair — mon compagnon de route, celui qui connaît l’île comme sa poche. Il devient l’ombre bienveillante de la logistique, celui qui installe, prépare, anticipe… pendant que je guide, raconte et partage.
L’Islande nous accueille dans un souffle gris et salé. Quelques minutes après l’aéroport, le Land Rover vitaminé dévore les pistes. On dépose les sacs dans une auberge chaleureuse. Le soir, autour d’un saumon grillé et d’une table improvisée rien que pour nous, je lis déjà dans leurs regards cette impatience d’enfin toucher l’Islande du bout des doigts.
Dès le deuxième jour, le programme bascule. Une tempête secoue le Sud, les rangers ferment l'accès au trek. Alors je m’adapte. C'est le premier acte de cette aventure : suivre la nature, jamais la contraindre. On file vers le Cercle d’Or. Geysir gronde, Gullfoss sature l’air d’embruns, Þingvellir ouvre son immense plaie tectonique.
Quand nous arrivons enfin à Landmannalaugar, les nuages se fendent. On franchit le premier gué, impressionnant, et mes clients découvrent ce que veut dire “un vrai 4x4 islandais”. On installe nos sacs dans le refuge bondé, on fait un premier tour dans les champs de lave, et très vite on file tous ensemble dans les sources chaudes naturelles. Bière à la main, fesses dans l’eau brûlante, pluie fine sur les épaules, un silence se fait autour de nous : celui de ceux qui comprennent qu’ils sont déjà ailleurs.
Le Laugavegur Trek commence réellement le jour d'après. Le Bláhnúkur nous offre sa vue surnaturelle : ocres, jaunes, bleus, fumées, vapeurs… Personne ne dit rien, l’Islande vient de prendre la parole. La première difficulté apparaît vite : le pont sur le torrent est couché. On tente de le remettre, sans succès. Alors, on déchausse et l'eau glacée saisit nos mollets. Le Laugavegur nous rappelle qu’ici, la nature gagne toujours. Sous une pluie battante, on atteint Hrafntinnusker. Mon Belair nous accueille avec un ragoût fumant et un sourire qui vaut toutes les douches chaudes du monde. Les affaires sèchent mal, mais les cœurs, eux, brûlent déjà.
Le lendemain, on traverse les crêtes, les fumerolles, les mares boueuses. Un glacier disparaît dans les nuages, un arc-en-ciel surgit au-dessus de nous comme un signe. Dans une petite cabane battue par le vent, on boit un café brûlant, trempés jusqu’aux os… et pourtant heureux. La journée s'achève au refuge de Hvanngil dans la lumière revenue.
Puis vient la journée la plus irréelle du trek : le désert de Mælifellssandur. Du noir absolu, du vert fluorescent et un silence total. Nous gravissons un sommet isolé, panorama à 300 degrés, glaciers en toile de fond. Tout le monde marche en tee-shirt. Le bonheur tient parfois dans un soleil rare et un désert improbable. Belair nous rejoint plus loin avec le 4x4 et, pour quelques minutes d’enfance retrouvée, nous traversons un gué perchés sur le capot.
La suite du chemin file vers Thórsmörk. Les paysages changent : les sables noirs se transforment en vallées verdoyantes, les premiers bouleaux arctiques apparaissent, les oiseaux reviennent. On trouve des cèpes dans la forêt. On les cuisine dans une poêlée improvisée qui n’aurait pas sa place dans un refuge, mais qui trouve sa place dans notre aventure.
C’est la dernière soirée avec Belair. On se rend compte de ce qu’il a apporté : son calme, son savoir, son rôle invisible et pourtant essentiel. Le matin, une fois n'est pas coutume, la passerelle est de nouveau emportée par les éléments. Belair nous fait alors traverser le torrent monumental, le plus dangereux du voyage. Même moi, je serre les dents. Puis, le trek continue sans lui.
Nous entrons alors dans le territoire du Fimmvörðuháls, entre deux glaciers, au cœur du volcan qui paralysa l’Europe en 2010. Cratères, scories, chaleur sous nos pieds : on marche littéralement sur une cicatrice encore vivante. Le refuge de Baldvinsskali, minuscule, suspendu entre ciel et mer, nous accueille pour une nuit à part et où un renard polaire nous fait l'honneur de sa présence.
Le lendemain, l’Atlantique nous attend. La vallée de Skogar déroule ses dizaines de cascades successives, jusqu’à la géante Skógafoss où la foule nous rappelle brutalement que le monde existe encore. Et là, au milieu de ce chaos touristique, Belair réapparaît avec un minibus chargé. On se serre dans les bras, le trek s’achève mais l’aventure continue.
Le séjour bascule alors vers d’autres horizons : les falaises noires de Dyrhólaey, les macareux, les baleines au large, les orgues basaltiques de Reynisfjara et la réserve de Skaftafell qui nous offre la démesure du Vatnajökull, plus grand glacier d'Europe. Plus loin, Jökulsárlón nous hypnotise avec ses diamants bleus échoués sur le sable noir. Le soir, je leur cuisine une brandade de poisson islandais.
Le lendemain, on file vers Reykjavik en passant par des cascades plus touristiques, mais agréables. On achète quelques souvenirs. Puis on plonge au Blue Lagoon, suspendus dans cette eau laiteuse, entourés de lave noire. C’est le point final parfait pour apaiser les corps avant de retrouver la ville. À Reykjavik, je leur ai réservé un bel appartement cosy, en plein cœur du centre. Enfin un vrai lit, une vraie salle de bain, du confort, de la chaleur. Le soir, on dîne dans une taverne locale, simple et authentique. On savoure. On se raconte. On réalise.
À l’aéroport, ils me prennent par les épaules : “On ne pensait pas vivre ça. Tu as dépassé tout ce qu’on imaginait.” Je ne leur dis pas, mais moi aussi, quelque part, l’Islande a déplacé mes lignes. Ce voyage-là n’était pas juste un trek. C’était une aventure partagée, au bord du cercle polaire, entre feu, glace et quatre voyageurs qui avaient décidé de me faire confiance.
Un peu plus d'images, pour le plaisir...
En espérant toujours vous faire rêver un peu plus loin.
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